Le Mali enregistre un taux de mortalité maternelle élevé estimé à 325 décès pour 100 000 naissances vivantes selon l’enquête démographique et de santé de 2018. Quant à la mortalité néonatale, elle est de 33 pour 1 000 naissances vivantes. Elle est nettement plus faible en milieu urbain qu’en milieu rural ((28% contre 41 %.). Plusieurs facteurs contribuent à cette situation parmi lesquels le problème d’accès et de qualité des soins.
Pour faire face à ce problème, le gouvernement du Mali et ses partenaires ont développé des programmes tels que le programme national de Soins Obstétricaux d’Urgence (SOU) et l’extension des Soins Obstétricaux et Néonatals d’Urgence (SONU). Ce dernier est considéré comme l’une des voies d’amélioration de la disponibilité et de l’accès aux Soins Obstétricaux et Néonatals d’Urgence. Cependant, les SONU sont efficaces lorsque les structures offrent les 7 à 9 fonctions 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. De plus, il faut que les soins prénatals débutent à un stade précoce (premier trimestre) de la grossesse et se poursuivent avec une certaine régularité jusqu’à l’accouchement. Mais, il est constaté que plusieurs femmes ne sont pas régulières dans l’utilisation de ces soins ; toute chose préjudiciable pour la santé de la mère et du nouveau-né. L’une des raisons de la non-continuité des soins serait due vraisemblablement aux attitudes et comportements des prestataires et des clientes les uns envers les autres dans la demande et l’offre de services.
Pour mieux comprendre les relations entre les prestataires et les clientes, la Direction Nationale de la Population (DNP), en collaboration avec le Fonds des Nations-Unies pour la Population (UNFPA), a commandité cette étude dans les régions de Koulikoro, Ségou et Tombouctou. Ces trois régions font partie des zones d’intervention du programme de coopération Mali-UNFPA 2020-2024 prolongé sur 2025. Elles appartiennent également au réseau des quatre-vingt-huit (88) maternités du réseau SONU et à l’étendue du projet « Autonomisation des femmes dans la santé » financé par le Luxembourg. La mise en oeuvre de cette étude a nécessité l’utilisation de deux approches méthodologiques (qualitative et quantitative).
La collecte des données a eu lieu du 02 au 21 mai 2025 dans les 31 maternités SONU réparties entre les trois régions à savoir : Koulikoro, Ségou et Tombouctou. Les cibles choisies étaient les prestataires et les clientes/accompagnants des structures SONU, les responsables en charge des questions SR au niveau central et régional, les associations de sage-femmes, les coordinations régionales de l’ordre des sage-femmes et les personnes ressources.
Il ressort de l’analyse des résultats que tous les prestataires (100%) reconnaissent que la bonne relation avec les patientes est un facteur déterminant dans la réussite de la prise en charge en matière de SONU. Ils affirment, à des proportions élevées, que les droits des clientes sont observés : droit à l’information claire et précise sur les soins, y compris les échanges d’informations claires et précises avec les professionnels (92,8%), choix du traitement (91,3%),
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intimité respectée et confidentialité assurée (95,7%), possibilité de se faire accompagner par la personne de son choix pendant la consultation et l’accouchement (88,4%).
Les prestataires déclarent globalement des attitudes et comportements favorables.
Pour 88% des prestataires, les clientes ont la possibilité d’être accompagnées par la personne de leur choix pendant la phase de travail et l’accouchement.
Cependant, les clientes de leur côté déplorent certaines attitudes et comportements défavorables à leur endroit notamment la non autorisation à se faire assister pendant la consultation et l’accouchement (55%) et la porte non fermée pendant la prestation (15%). De plus,13% des clientes/accompagnateurs n’ont pas reçu d’explications claires sur les soins dont ils ont bénéficié et 6% des clientes ont payé de l’argent aux prestataires tandis que 2% se sont vues proposer des soins moyennant de l’argent.
Parmi les clientes/accompagnateurs, 7% déclarent avoir été victimes de maltraitance de la part des prestataires, qui, dans une proportion relativement importante (26%), reconnaissent ces pratiques dans leurs établissements de santé. Globalement, 81% des clientes se disent totalement satisfaites de la prestation.
Dans les entretiens qualitatifs, les opinions des acteurs convergent sur la reconnaissance de la place de la bonne relation dans la prise en charge en matière de SONU. Il y a une appréciation positive réciproque dans les attitudes et comportements des uns et des autres. Les petites divergences qui existent, se situent notamment au niveau du déficit de communication entre prestataires et clientes. En définitive, pour favoriser un changement positif de comportement des prestataires et des clientes des maternités SONU, les enquêtés ont proposé des axes d’interventions qui s’articulent autour du renforcement de l’éthique professionnelle, de l’amélioration de la communication dans les centres de santé, de la sensibilisation des usagers et de la motivation du personnel soignant.